jeannelafileuse

 

Jeanne la fileuse

Honoré Beaugrand

texte libre de droits, 1878

 

Résumé

La jeune Jeanne habite la rive sud du fleuve Saint-Laurent, avec son frère et son père. Ils ne sont pas riches, le père a été victime des représailles contre les sympathisants des Patriotes suite à la révolte de 1837, mais vivent humblement et vertueusement. Lors des récoltes, les enfants louent leurs bras à un important fermier de la rive nord. Le frère se lie d'amitié avec Pierre, le fils du propriétaire, et ce dernier devient rapidement épris de Jeanne. Pierre et le frère de Jeanne iront travailler un hiver au chantier, le mariage sera célébré au retour. Le plan est idyllique, mais la fatalité frappe un coup cruel : le père décède au cours de l'hiver et Jeanne n'a pas les moyens de subvenir à ses besoins. Elle cherche vainement du travail, mais la seule solution est de quitter le Canada pour les États-Unis. Elle se joint à une famille qui part pour Falls River, Massachussetts, s'embaucher dans les filatures de la Nouvelle-Angleterre. Jeanne obtiendra un poste de fileuse, mais elle doit supporter les rudes conditions de travail des usines : l'air empoussiéré, les semaines de 60 heures, les accidents, la tristesse de l'exil... De plus, elle craint de ne jamais revoir ni son frère ni son amant, car elle n'a pu les avertir de son départ.

 

Mon avis 

Je viens de terminer une petite nouvelle que j'ai trouvée assez simple et agréable à lire. Il s'agit du roman d'Honoré Beaugrand, ''Jeanne le fileuse'' qui fut en son temps, un roman incontournable. J'ai dévoré ce petit roman, la lecture est vraiment très fluide. L'histoire raconte la rencontre amoureuse de deux personnes issues de deux familles rivales au Canada au 19ème siècle. Pierre, fils d'un riche fermier dont le père a soutenu ''l'annexion'' d'une partie du Canada par l'Angleterre en 1837 et Jeanne, fille d'un pauvre vieillard qui a soutenu dans sa jeunesse le parti des patriotes contre l'oppresseur anglais. Le récit est entrecoupé d'éléments ''documentaires'' concernant le climat social du pays, la pauvreté ambiante, le manque de travail qui pousse les canadiens français à fuir et chercher du travail aux Etats-Unis. L'auteur fut par ailleurs l'un des seuls auteurs de son temps à défendre l'émigration. En effet, alors que la plupart des récits, articles de presse de l'époque dénoncent les conditions de travail et d'accueil des travailleurs canadiens sur les sols états-uniens, H. B. soutient tout au contraire, que grâce au développement des chemins de fer et des moyens de communication, les Etats-Unis ont su développer l'économie du pays et offrir de nombreux postes aux immigrants , dans les usines de filatures des indiennes de coton. L'auteur nous dresse le constat positif chiffré de ces entreprises et de la qualité de vie des canadiens à Fall river. On retrouve dans ce roman des éléments historiques et biographiques de l'auteur même s'il est fort probable que les personnages sont imaginaires. Tout comme Pierre, l'auteur fit des études au collège. Dans sa jeunesse H. B. a soutenu le parti des patriotes et semble prendre position pour eux dans le cours du récit. Il dirigea un bureau de presse à Fall River, un lieu important dans le roman, fut maire de Montréal (un grand passage parle d'ailleurs d'une grande fête qui regroupa des milliers de canadiens français immigrés de retour au pays pour célébrer la fête nationale) et fut témoin d'un accident tragique réel décrit dans le roman et dont nos personnages seront victimes ou témoins également (je n'en dirai pas plus).

J'ai bien aimé cette petite lecture même si parfois les éléments documentaires paraissent prendre le pas sur le roman lui-même mais il est vrai que ces éléments donnent tout leur sens à l'histoire. Il ne faut pas non plus oublier que le roman lui-même est une sorte de revendication politique de l'auteur qui souhaitait dénoncer les mauvais choix fait par le Canada, d'une part de ne pas développer les moyens de communication dans le pays et d'autre part de ne pas lutter volontairement contre le chômage et l'émigration de masse. Ce roman est le reflet d'une société et d'une histoire des canadiens français au 19ème siècle. Les descriptions des métiers, des filatures, des petits villages au bord de la rivière Saint-Laurent, du travail des bûcherons et même la rencontre avec des Indiens m'ont fait découvrir l'histoire d'une société que je ne connaissais pas.